Fast-fashion vs ultra fast-fashion : l’enquête qui démasque le vrai problème
- Catherine Dauriac

- 14 avr.
- 3 min de lecture
Aujourd'hui, le débat public se polarise sur l’ultra fast-fashion, elle ferait déborder les bornes de collecte de vêtements et amplifierait la crise du textile.
Pour comprendre d’où vient le problème, la coalition Stop Fast Fashion a mené une enquête dans les ressourceries pour en savoir plus sur la provenance de cette montagne de déchets.
Les résultats sont sans appel :
Sur les vêtements non réemployables collectés dans les ressourceries, 49% proviennent de la fast-fashion traditionnelle, contre seulement 5% de l’ultra fast-fashion. Le reste ? Des vêtements sans marque identifiable, souvent issus de logiques de surproduction et de mauvaise qualité.
BILAN : Il y a 10x plus de fast-fashion que d’ultra fast-fashion dans nos déchets textiles !
Pourquoi il faut arrêter de faire la distinction ?
- Ce sont les mêmes pratiques : Exploitation de la main-d’œuvre, pollution massive, obsolescence programmée… L’ultra fast-fashion n’est que la conséquence logique d’un système que la fast-fashion a contribué à créer. Il ne faut pas mettre de côté pour autant les géants de la fast-fashion européenne !
- Ce sont les mêmes impacts : Les deux modèles saturent les filières de réemploi ...
La loi contre la fast-fashion, un texte en danger
En 2024, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité une proposition de loi ambitieuse pour réguler l’industrie textile. Pourtant, aujourd’hui, le texte prend des allures protectionnistes : il ciblerait uniquement les nouveaux acteurs géants du e-commerce, laissant 80% du secteur (dont les enseignes européennes) redevenir politiquement acceptable.
49% de rebut pour la 1ère génération contre 5% pour l’ultra fast-fashion
L’argument d’une baisse de la qualité des vêtements exclusivement imputable aux nouveaux arrivants asiatiques est trompeur. Les résultats de notre enquête, coordonnée par la Coalition Stop Fast-Fashion et le Réseau National des Ressourceries et Recycleries (RNRR), révèlent une réalité sans appel :
49% des textiles non réemployables proviennent de la fast-fashion de première génération” (Zara, H&M, Kiabi,Primark…).
Seulement 5% de ces textiles non réemployables sont identifiés comme issus de l’ultra fast-fashion.
Le volume de déchets de la fast-fashion de « première génération » est donc douze fois supérieur à celui de l’ultra fast-fashion dans les points de collecte.
“Si l’ultra fast-fashion implique une aggravation préoccupante des cycles de productions, elle s’inscrit dans une continuité incontestable de pratiques désastreuses (exploitation humaine, pollution, surproduction et incitation à la surconsommation) entamée il y a des décennies par les enseignes de la première génération.”
Marie Castagné, Réseau National des Ressourceries et Recycleries
Une loi qui vire au protectionnisme économique de façade
La Coalition Stop Fast-Fashion dénonce le virage pris dans les discours politiques. Initialement ambitieuse, la proposition de loi contre la fast-fashion a désormais des allures protectionnistes. En ciblant uniquement les nouveaux acteurs asiatiques en ligne, le gouvernement cherche à préserver les enseignes ayant pignon sur rue au nom de la « préservation de l’activité commerciale », tout en ignorant l’urgence écologique et le respect des droits humains.
Ne cibler que l’ultra fast-fashion, c’est passer sciemment à côté du cœur du problème. La différence entre ces deux modèles est artificielle et dictée par les marques européennes dont la majeure partie de la production est délocalisée en Asie…
Nos exigences pour la CMP
La Coalition Stop Fast-Fashion exige que la loi revienne à son ambition initiale pour réguler l’industrie dans son ensemble:
Une définition large incluant toutes les enseignes de fast-fashion sans distinction de canal de vente.
Un malus financier dissuasif allant jusqu’à 10 euros par produit d’ici 2030 pour toutes les marques répondant aux critères de la fast-fashion.
L’interdiction totale de la publicité pour l’ensemble du secteur de la fast-fashion.
Il est inconcevable de protéger les acteurs “historiques » sous prétexte de préserver l’activité économique. Quand ils terminent dans une décharge à ciel ouvert, la planète ne fait pas de différence entre un tee-shirt H&M et un tee-shirt Shein.



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