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Réparer, réutiliser, faire durer : donner une nouvelle vie à nos vêtements

il y a 24 minutes
5 min de lecture

Autrice : Malou PLEY


Un trou, une couture qui lâche, un tissu qui s’abîme… Ces petits défauts signent-ils nécessairement la fin d’un vêtement ? Pour certaines personnes, la réponse est non. Apprendre à coudre, faire appel à une couturière, acheter d’occasion ou simplement continuer à porter une pièce pendant des années sont autant de façons de lutter contre le renouvellement permanent de nos garde-robes. À travers ces témoignages, découvrons comment des gestes simples peuvent contribuer à faire durer nos vêtements. 

Les témoignages présentés dans cet article ont été recueillis dans le cadre du Baromètre des histoires de garde-robe, une initiative du projet européen CircuFash, qui invite chacun à partager les histoires, les souvenirs et les expériences associés à ses vêtements : https://circufash.eu/fr/le-barometre-des-histoires-de-garde-robe/



Réparer plutôt que remplacer

Lorsqu’un vêtement commence à s’abîmer, le réflexe est parfois de le remplacer. Pourtant, plusieurs témoignages montrent qu’il existe une autre possibilité : prendre le temps de le réparer afin de continuer à le porter.

Un témoignage particulièrement parlant concerne un tee-shirt âgé de presque quinze ans. Au fil du temps, des trous sont apparus à plusieurs reprises le long de ses coutures. Plutôt que de s’en séparer, son propriétaire a pris l’habitude de le recoudre régulièrement afin de continuer à l’utiliser et d’éviter le gaspillage.

Cette démarche montre qu’une réparation n’a pas nécessairement besoin d’être complexe. Quelques points de couture peuvent parfois suffire à prolonger considérablement la durée de vie d’un vêtement.

Une autre personne possède un blazer en cuir d’agneau à l’aspect daim, acheté en seconde main. Après l’avoir fait réparer, elle souhaite désormais apprendre les bases de la couture. Elle souligne également l’importance de privilégier une meilleure qualité lors de ses achats.

Ces témoignages mettent en évidence différentes manières de faire durer ses vêtements : réparer soi-même, solliciter un professionnel ou choisir dès le départ des pièces conçues pour résister au temps.


Apprendre à réparer pour devenir acteur de la durabilité

La volonté de réparer ses vêtements s’accompagne parfois d’une envie d’acquérir de nouvelles compétences.


Anais, particulièrement attachée à sa combinaison-short, souhaite pouvoir la porter encore et encore. Pour cela, apprendre les bases de la couture pourrait lui permettre de réaliser elle-même les ajustements et les réparations nécessaires.



Cette envie d’apprendre se retrouve dans le témoignage d’Alexandra qui conserve précieusement une robe en double tricot. Malgré plusieurs trous causés par les mites, elle ne souhaite pas s’en séparer. Une photographie de sa grand-

mère portant cette robe dans les années 1970 renforce encore son attachement à la pièce. Elle a cherché une personne capable de réaliser une réparation invisible, sans succès. Elle envisage désormais d’apprendre à réparer elle-même le vêtement, mais se heurte à une difficulté : trouver quelqu’un pour lui transmettre ce savoir-faire. La personne la plus proche qu’elle ait identifiée se trouve à Londres et propose des prestations à un tarif élevé.



Ce témoignage souligne un enjeu important : l’envie de réparer existe, mais l’accès aux compétences, aux matériaux et aux professionnels peut parfois constituer un obstacle. Apprendre à coudre ne représente donc pas seulement une activité manuelle. C’est aussi une manière de gagner en autonomie et de développer une relation plus durable avec ses vêtements.


Acheter en seconde main : une autre façon de consommer


Faire durer les vêtements ne signifie pas uniquement conserver ceux que l’on possède déjà. Cela peut également passer par l’achat d’occasion, l’échange et le partage.


Fiori raconte ainsi avoir trouvé une jupe rose lors d’un Fashion Revolution Grand Swap Bazaar en 2022. Après quatre années d’usage, elle a choisi de la faire réparer pour continuer à en profiter. La réparation n’a toutefois pas permis de retrouver son état initial et elle recherche désormais une couturière disposant de compétences plus spécialisées.



Cette histoire illustre l’intérêt des événements d’échange de vêtements : ils permettent à des pièces de trouver de nouveaux propriétaires et de poursuivre leur existence au-delà de leur première garde-robe.

L’achat de seconde main apparaît également dans le témoignage concernant un blazer en cuir d’agneau. Choisir un vêtement déjà existant permet de prolonger son utilisation plutôt que de systématiquement acheter une pièce neuve. Ces pratiques invitent à repenser notre rapport à l’achat : un vêtement peut avoir plusieurs propriétaires et continuer à être utile pendant de nombreuses années.


Transformer pour réinventer


Parfois, la réparation ne suffit pas. Lorsqu’un vêtement est trop abîmé pour être porté tel quel, la créativité peut permettre de lui donner une nouvelle apparence.

C’est l’expérience racontée par Moîra ayant acheté une robe Proenza Schouler à la fin de son stage dans cette maison de mode à New York. Encore étudiante, elle avait considéré cet achat comme un véritable investissement dans une pièce de créateur.Avec les années, le tissu s’est détérioré, rendant la robe impossible à porter. Trop belle et trop précieuse pour être jetée, elle a néanmoins été conservée. Quelques années plus tard, sa propriétaire a créé sa propre marque de tenues événementielles durables. Elle a alors décidé de redonner vie à cette pièce symbolique en brodant les zones abîmées du tissu. La broderie est devenue une manière de réparer tout en apportant une nouvelle dimension esthétique au vêtement.



Cette démarche de réutilisation peut également prendre une dimension créative et culturelle. Merunisha présente ainsi une robe issue d’une de ses collections, confectionnée à partir de saris en soie mis au rebut qu’elle a collectés et transformés en nouvelles pièces. Plutôt que de laisser ces textiles richement colorés et ornés de motifs devenir des déchets, elle leur donne une nouvelle forme et une nouvelle fonction. Chaque robe conserve ainsi des traces de l’histoire du sari dont elle est issue, tout en devenant un vêtement contemporain unique. À travers cette collection, la créatrice montre comment la mode peut préserver la valeur culturelle et matérielle des textiles grâce à la créativité, à l’artisanat et à la réutilisation. Le vêtement devient alors bien plus qu’une pièce à porter : il témoigne d’une mémoire, d’une culture et d’une transformation.



Ces témoignages montrent que la réparation peut également devenir un acte créatif. Les défauts ne sont plus nécessairement dissimulés : ils peuvent être intégrés au vêtement et devenir une partie de son esthétique.


Faire durer, c’est aussi changer notre regard sur les vêtements


Tous les vêtements ne sont pas nécessairement destinés à être conservés pendant des décennies. Certains sont portés régulièrement, d’autres uniquement lors d’occasions particulières. Leur durée de vie dépend aussi des usages et de l’attachement que l’on développe à leur égard.

Une personne raconte ainsi avoir conservé un tee-shirt de sport blanc, léger, fluide et particulièrement confortable. Elle le porte régulièrement pour faire du sport et l’a notamment utilisé lors de sa toute première course à pied. Ce vêtement est associé à une expérience personnelle importante, mais il reste avant tout apprécié pour son confort et son utilité. Il illustre une autre dimension de la durabilité : conserver et utiliser les pièces qui répondent réellement à nos besoins.

D’autres témoignages rappellent également l’importance de la qualité. Un vêtement bien conçu, fabriqué dans des matières résistantes et adapté à son usage peut accompagner son propriétaire pendant de nombreuses années. Face à une industrie qui encourage le renouvellement fréquent des collections, ces expériences invitent à ralentir et à considérer autrement nos habitudes de consommation.


Et si faire durer devenait un réflexe ?


Réparer une couture, apprendre à utiliser une aiguille, acheter un vêtement de seconde main ou transformer une pièce abîmée : ces gestes peuvent sembler modestes, mais ils participent à une autre manière de consommer la mode.

Ils montrent que la durée de vie d’un vêtement ne dépend pas uniquement de sa fabrication. Elle dépend aussi de nos habitudes, de nos choix et de notre capacité à prendre soin des pièces que nous possédons.

Faire durer ne signifie pas nécessairement conserver chaque vêtement à tout prix. Il s’agit plutôt de lui donner le temps d’être porté, utilisé et entretenu avant de penser à le remplacer.

Et si le véritable changement dans notre rapport à la mode commençait simplement par cette question : avant d’acheter un nouveau vêtement, pouvons-nous faire durer celui que nous avons déjà ?



Contact presse

Fashion Revolution France  I Catherine Dauriac 📧 catherine.dauriac@gmail.com


 
 
 

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